Lettre Pastorale de Monseigneur Leborgne sur le Pardon

3 Mar. 2019 | La Box, Livret Auréole Box, Paroles édifiantes | 0 commentaires

 

Le pardon ou la grâce de l’avenir…

Le pardon est une grâce d’avenir.
Suivons Jésus dans sa rencontre avec la femme adultère (Evangile selon saint Jean 8,1-11) pour entrer dans ce mouvement du pardon. Ce récit indique comme trois déplacements ou trois fils à tisser ensemble pour pouvoir vivre le pardon.

Premier déplacement : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette le premier une pierre » dit Jésus à son auditoire qui a jeté la femme adultère devant Jésus.

A aucun moment Jésus ne relativise l’acte de cette femme. Jésus, ailleurs, a des mots très fermes sur l’adultère. Le pardon ne relativise jamais la vérité. Il ne se situe pas dans l’oubli.

Comment pourrions-nous oublier certaines choses ? Et il est bon souvent de cultiver la mémoire de la barbarie pour éviter d’y retomber. Le pardon ne cherche pas à excuser l’inexcusable ni à justifier l’injustifiable. En même temps, il ne se mure pas dans l’accusation. Il se situe autrement. Premier pas : Jésus invite à la reconnaissance d’une
solidarité d’humanité. Je ne vais pas dire que ce n’est pas grave, parce qu’il arrive que ce soit très grave. Je ne vais pas dire que je n’ai pas mal, car parfois, j’ai vraiment très mal. En revanche, je n’oublie pas – je ne le sais que trop en fait – que je suis moi aussi de cette humanité qui peut faire mal. Et qui peut faire si mal. Nous n’en sommes pas encore au pardon, pourtant une autre perspective que celle de la stricte accusation s’ouvre.

Laissons-nous entraîner maintenant dans le deuxième déplacement : « Femme, personne ne t’a condamnée ? »
Jésus s’adresse à celle qui est devant lui en l’appelant « Femme ». Si elle a commis un
adultère, elle n’est pas une adultère, elle est une femme qui a commis un adultère. Et c’est très différent. C’est bien elle qu’il a commis cet acte, mais elle ne saurait s’y réduire.
Cela n’enlève rien à la gravité de l’acte qui n’est pas relativisé, mais cela rétablit la vérité : si c’est bien telle personne qui a fait tel mal, aucune personne ne saurait se réduire à l’acte qu’elle pose. Parfois le mal fait tellement mal qu’on ne voit plus qu’à travers ce mal. Qui a vécu une vraie rage de dents sait très bien qu’à ce moment là on ne se vit plus que comme une dent, tout en sachant très bien qu’on est pas qu’une dent !

Tu m’as fait ce mal qui me fait si mal. Mais je sais que tu n’es pas que ce mal. Je le sais d’expérience quand je fais mémoire de notre histoire commune, j’en pose l’acte de foi, quand je regarde l’avenir. Nul ne peut juger celui ou celle qui n’arrive pas à pardonner. Mais celui ou celle qui est prisonnier d’une telle attitude dit en fait cela : « tu n’as pas d’avenir. Ton avenir est dans ton passé. L’acte que tu viens de poser est l’acte définitif de ta vie et il n’y a plus rien à espérer. Tu te réduis tout entier à cet acte. »

Alors se présente le troisième déplacement : « Moi non plus, je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus. »

« Va et désormais ne pèche plus » : il me semble que le pardon réside dans cette formule.

Jésus ne dit pas : « ne pèche plus, et va », il commence par dire : « Va. Tu es faite pour
l’avenir. Tu n’iras pas vers ton avenir sans ton passé, pourtant ton avenir ne se réduit pas à ton passé. Va, relève-toi, ose du neuf. » J’imagine la scène : une femme accusée d’adultère. Selon la loi de l’époque, elle s’attend à se faire lapider. Elle est là, jetée sur le parvis du Temple, au milieu de l’accusation. Elle doit être en position foetale. Bizarrement, la lapidation ne vient pas. Un homme qui a déjà pris la parole vient lui parler : « femme ». Non pas des pierres, mais une parole qui la reconnait pour ce qu’elle est, une femme avant d’être adultère. Je l’imagine alors, se relevant à demi de sa position de défense, assise par terre, s’appuyant sur un bras, regard étonné, mi méfiant apeuré, mi confiant étonné.

Et alors cette parole qui surgit : « Va et désormais ne pèche plus. » « Va. » Jésus la
relève, il la remet debout, il lui rend son avenir.

Et alors, « ne pèche plus » : cet avenir réouvert se refermera si tu replonges dans ce mal , dans ton péché. Si la logique est celle de la miséricorde : non pas « ne pèche plus » – fais tes preuves – puis « va » – on verra alors si on peut te faire confiance, mais bien « va » : ose l’avenir, elle ne peut être que celle de la vérité : « et ne pèche plus », ne replonge pas, ne t’abimes pas à nouveau. Et l’on voit ici que le pardon ne peut transiger avec la vérité et la justice. Plus, qu’il demande toujours ce travail de justice et de vérité pour vraiment s’enraciner, porter du fruit et renouveler la vie tant de celui qui a fait le mal que de celui qui l’a subi.

Ainsi, le pardon n’est pas l’oubli, ou l’effacement magique, mais dans la justice et la vérité, la grâce de l’avenir rendu.
Tant pour l’offenseur, ce qui parait clair. Que pour l’offensé : en effet, celui qui ne peut pas pardonner subit en fait une double peine, celle du mal qu’il a subi, celle du vinaigre que cela continue à faire dans sa vie, de la colère dont cela le rend prisonnier ; il y a eu l’acte mauvais qui a fait si mal et comme la migraine du mal qui ne cesse de continuer à prendre la tête.

Ceux qui ont fait l’expérience de pouvoir pardonner savent combien de pardonner est
libérateur et guérissant. Cela réouvre aussi l’avenir pour l’offensé jusqu’ici injustement mais durablement enfermé dans la violence du mal subi.

Grâce d’avenir, le pardon est ainsi une grâce de résurrection. Cela veut dire aussi qu’il
demande à être accueilli pour pouvoir être vécu. Si je m’appuie sur mes propres forces, dans les cas les plus lourds, mais je m’en rends bien compte même dans les cas apparemment anodins, je risque de ne pas y arriver.

Si j’accueille dans ma vie le Christ ressuscité qui brise les verrous de la mort, si je
désire vivre de sa résurrection, la grâce d’avenir par excellence, alors s’ouvrira en moi
des chemins de pardon insoupçonné. La grâce de l’avenir faite aux autres me reviendra
lors au centuple comme une grâce d’avenir inouï pour moi, pour l’autre, pour le monde.

Avant de conclure, permettez moi encore deux remarques, d’ordre très différents mais je crois importantes :
La première lève une ambiguïté que j’ai parfois remarquée et qui peux empêcher le
pardon. Si le pardon appelle la réconciliation, le pardon ne s’y identifie pas totalement.
Ainsi, il arrive que l’on puisse pardonner très sincèrement à son agresseur, mais que pour autant la réconciliation ici-bas ne soit pas possible, voire souhaitable. Il y a des cas d’agressions sexuelles, par exemple, où le pardon peut être possible mais la réconciliation guère souhaitable avant le Royaume. Je t’ai pardonné, mais il est bon que nous ne nous revoyions plus. A confondre pardon et réconciliation, on s’interdit parfois l’avenir et la vie.

La seconde est le récit d’une rencontre récente. Nous échangions avec une femme
profondément éprouvée, humiliée même, dans son couple. Je lui demandais si elle pensait possible le pardon – je sais que parfois il faut accepter que cela prenne beaucoup de temps.

Elle m’a répondu en deux points. Tout d’abord : « comment pourrais-je ne pas lui pardonner alors que Dieu lui pardonne. » Elle n’ignorait pas que psychologiquement il y avait tout un travail à faire tant de son côté que du côté de son mari pour guérir les blessures et retrouver la confiance, mais elle voyait plus large et plus profond.
Ensuite elle m’a dit : « et puis vous savez, mon mari le regrette vraiment je crois, et il s’est confessé. Il a reçu le sacrement de réconciliation. Vous savez bien, mon père, que ce sacrement n’est pas formel mais que par lui la miséricorde de Dieu nous travaille, nous sauve, nous guérit. Si le vieil homme fera encore son travail dans mon mari comme en moi même, Jésus par le sacrement du pardon a réveillé en lui l’homme nouveau, il l’a renouvelé, purifié, recréé. Comment pourrais alors lui refuser le pardon alors que Dieu s’engage avec lui et l’a recréé pour aimer. Je sais que son âme est belle, Jésus l’a purifiée. J’ai confiance. »

Décidément, dans la résurrection de Christ Jésus Seigneur, le pardon est une incroyable grâce d’avenir… !
Alors osez une démarche, un premier pas, une carte envoyée, un regard renouvelé, la
lecture du livre de Jean Philippe Roullier 70 fois 7 fois, le sacrement de réconciliation, ….
Osez. La joie est pour vous, et pour le monde !
+Olivier Leborgne, évêque d’Amiens

 

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