Vivre la chute pour découvrir l’Amour

29 Jan. 2020 | cadeau catholique, La Box, Livret Auréole Box, Paroles édifiantes | 0 commentaires

Vide.

N’est-ce pas triste et surprenant de se retrouver face à la page aux mille possibles et n’avoir que ce mot au bord des lèvres : « vide » ? Certains s’écriront : « Syndrome bien connu de l’éternel page blanche. » ; d’autres s’évertueront à voir un manque d’enthousiasme et de goût, voir même un début de dépression ; et d’autres, enfin, concluront par un : « Ce n’est pas grave ! ». Page blanche ? Déclin ? Fatalisme ? N’y a-t-il donc rien à tirer de ce vide, autre que de la médiocrité ? Pourtant, le vide ne permettait-il pas au son de résonner et au creux de se combler ?

***

L’ascension devenait rude. La fatigue tirait sur les membres de l’homme mais il n’y prenait garde. Une hargne lui voilait les yeux et rythmait sa course folle. Tête baissée, il avançait, ne sachant où il allait ni pour quoi. Sa poitrine en feu l’obligea à s’arrêter. A bout de souffle, il s’adossa à la paroi. Son regard hagard rencontra le paysage de sa retraite : un pic rocheux s’ouvrant sur un désert de rocailles grises parsemées de sable brun aux murailles édentées. Un silence opaque pesait dans ce lieu si mystérieux.  Un cri déchira le soir. Une épouvante se dressait avec une puissance terrifiante. Un hurlement qui se perdit dans l’immensité de la vallée. Exténué, l’homme tomba à genoux, le cœur désespérément aux aguets d’un signe, d’une voix, d’un secours. Sa plainte s’épuisa au fond de sa gorge, relayée par le mouvement de l’écho. Surpris, l’homme redressa la tête mais en entendant ce son parfaitement inhumain, il se mit à rire. Un rire jaune, amer. Le ciel se moquait de lui et restait sourd à son appel ; il ne faisait que lui renvoyer le reflet de sa misère. Noyé dans sa folie meurtrière, il se recroquevilla en boule et ne bougea plus, ignorant le scintillement timide des étoiles au-dessus de sa tête. Combien de temps resta-t-il ici, ramassé au bord du désert, entre ciel et terre, dans ce vide silencieux ? Une heure ? Une nuit ? Une semaine ? Une éternité. Le regard plongé dans l’abîme, il semblait se perdre dans un gouffre sans fond. Vidé. Voici ce qu’il était. La vie l’avait tellement malmené que l’écho de sa propre douleur avait suffi à l’achever. Il se laissait glisser le long du précipice. Un soir, le vent se leva. Un vent terrible soulevant des colonnes et balayant graviers et rochers. Au sein de cette tempête, l’homme demeurait immobile, insensible au danger de son existence. C’est alors qu’au loin, un gémissement se fit entendre. Bien qu’étouffé par la force du souffle, le son parvenait en notes plaintives et craintives aux oreilles du solitaire. Se redressant à moitié, l’homme sortit de son mutisme et se mit à écouter. Oui, un appel essayait de vaincre le vacarme du vent, quelqu’un avait besoin d’aide ! Oubliant sa fatigue et ses marasmes, il se leva et entreprit de braver la tornade. Affaibli et bousculé par le vent, il trébuchait à chaque pas, mais avec un élan qui le dépassait, il se relevait et poursuivait sa course en se guidant à ce petit son désespéré. Il marcha longtemps dans une obscurité totale. Enfin, le vent s’apaisa et changea de direction. En même temps que le ciel palissait, les nuages s’échappèrent et une humble lumière dorée se répandait sur le sol désertique. Eblouit, l’homme ferma les yeux et se concentra pour écouter. L’appel entendu était tout proche. En se retournant, l’homme posa son regard sur une paroi où s’étalait une brèche assez large pour y laisser chanter le vent. Il comprit alors que ce qu’il avait pris pour un cri n’était autre que le bruit du passage des rafales entre les pierres. En appuyant son visage contre le trou, il vit une large vallée verdoyante d’où s’échappait une légère brume. La délicatesse de cette fumée s’effaçant au profit de la beauté des lieux lui frappa l’âme. De lourdes larmes jaillirent en sanglots sur ses joues. Il réalisait que ce jeu du vent dans la tempête lui avait révélé son propre parcours, ce qu’il n’avait pas essayé d’entreprendre ou d’entendre. Il espérait une réponse à son cri, mais était-il disposé à l’accepter ? A la réception de cet appel dans la nuit, un élan oublié du cœur avait fait surface et l’avait poussé à affronter l’épreuve. Il avait engagé sa propre liberté pour un autre et par un amour intérieur et enfouit. En osant se mettre en marche, il s’était abandonné à une folie de confiance et avait oublié ainsi son malheur. S’il avait été attentif, peut-être aurait-il pu percevoir dans l’écho la disparition progressive de la douleur et l’invitation au mouvement ? Mais certainement, il devait passer par l’obstacle de la mort à lui-même pour revivre et découvrir que la Vie couvée en toute âme appelait au dépassement de soi en et à l’Amour. Le visage levé vers les Cieux, l’homme reprit sa route.

***

« Un pas après l’autre. Regarde droit devant toi, ma p’tite Flo. Surtout pas en bas, surtout pas en bas ! » Ainsi progressait la jeune fille, en équilibre sur son fil.

Jeune prodige d’une vingtaine d’années, funambule dès son plus jeune âge, le talent de Florence n’était plus à prouver. Encouragée par ses parents, elle fit grandir sa passion en ayant à cœur de partager cette route d’équilibriste. Bien plus qu’une technique, c’était avant tout un art de vivre. Qui d’entre nous n’a jamais eu peur de la chute ? Qui n’a jamais tangué entre deux décisions, secoué par les vents de l’incertitude ? Pour Florence, la vie se frayait un passage dans tous ces courants contraires avec cette mince tige d’acier. Avancer dans l’Aventure résultait du même enjeu que celui de traverser un fil : trouver la justesse. Et croyez-le ou non, mais notre funambule était habitée par une peur terrible : celle du vide. Prise de vertige, Florence se faisait violence pour poser le premier pas sur le fil. Les années passant, cette terreur ne diminuait pas ; à chaque fois, c’était la même tension qui se lisait dans les yeux de la jeune fille. Pour quoi continuer, serait une question légitime. Mais elle-même vous répondrait que la question n’est pas « pour quoi ? » mais « comment ? ». Levez la tête un instant et observez-la. Voyez-vous ce regard élevé, quelque peu éclairé et la souplesse de ses mouvements qui semblent comme abandonnés au vent ? Lueur de folie ou de foi ? Selon moi, il n’y a pas de grandes différences. Oui, Florence était mue par un élan qui la dépassait. Elle savait qu’elle devait avancer progressivement, attentive à chaque élément ; mais elle avait acquis aussi cette sagesse de se donner à quelque chose de plus grand, à fixer son regard vers les hauteurs. C’est ainsi que Florence montait les échelons avec une aisance surprenante. Elle n’était jamais tombée.

Mais revenons à ce moment où notre funambule progressait sous les yeux d’une grande foule, à l’occasion d’un rassemblement nationale. Ce jour-là, la peur de la jeune femme était extrême. Bien qu’au fond d’elle-même une petite voix lui chuchotait : « Confiance ! Tu n’es pas seule, tu ne crains rien. », le doute et l’effroi emprisonnaient son âme.

« Un pas après l’autre. Regarde droit devant toi, ma p’tite Flo. Surtout pas en bas, surtout pas en bas ! ». Florence s’élançait. Très lentement, elle progressait sur le fil, saisie de vertige, sous les yeux extasiés des spectateurs. Un oiseau vint à passer et frôla la cheville de l’équilibriste. Déstabilisée, la jeune fille jeta un regard sur le vide. Aspirée, elle ne pouvait plus bouger. Prise de tremblements, elle tenta un mouvement désespéré pour faire un pas de plus. Mais il était trop tard, son pied ne toucha pas la ligne de fer, et bascula la jeune fille dans le précipice.

Plusieurs mois s’étaient écoulés depuis l’accident. Bien que rattrapée par le filet, la hauteur de sa chute ne lui avait pas évité quelques contusions à la tête et un bras cassé. Si son corps reprenait vie, le cœur de Florence était ébranlé. Refusant de reprendre le funambulisme et même de parler de cet événement, elle reçassait sa chute, sa déception et les cris de la foule. L’étoile était tombée, elle ne pouvait donc plus atteindre la voûte ; tel était son raisonnement.

Un matin, Marie-Ange, une amie d’enfance, entra en trombe dans sa chambre et lui dit : « Allé p’tite tête ! Prends ton manteau et suis-moi ! » Sans lui laisser le temps de réagir, elle attrapa une veste posée sur la chaise et la poussa dans la voiture. Les rues s’enchainaient et bientôt, elles sortirent du village. Marie-Ange se gara devant un grand portail vert que Florence reconnu immédiatement.

-C’est hors de question, Mag’ ! Je n’y retournerai pas et tu le sais très bien !

-Tu as fini ton cirque, Flo ? Tu sais aussi bien que moi qu’il est temps que tu fasses face à ton échec. Où sont passés le courage et la confiance dont tu nous parlais tant ?

– Envolés !

– Envolés car tu les as laissé filer. Je ne te demande pas de remonter sur le fil, mais simplement d’aller voir ce qu’il se passe dans cette école. Fais-y un tour, s’il te plait. Après je te laisserai en paix sur la question, c’est promis.

Devant le visage de son amie, Florence poussa un long soupir et sortit de la voiture.

– Merci. Je passerai te prendre dans une heure. Et … Flo ! Ce n’est pas parce que tu tombes que tu es moins aimable. Bien au contraire. Un fil d’humilité, tu te rappelles ?

Sur ces mots, Marie-Ange redémarra et laissa sa compagne, seule, face à elle-même.

En poussant la porte du bâtiment, une étrange impression lui sauta à la gorge. Lentement, elle parcouru les couloirs si familiers. Des voix et des rires lui parvinrent. Ils venaient de la grande salle. Elle s’approcha et par la lucarne de l’entrée, elle contempla un groupe d’enfants, s’essayant sur le fil. Placé à un mètre du sol, il permettait aux petits de progresser sans danger. En silence, elle les vit poser un pied, puis un deuxième pour tomber juste après, mais toujours, ils recommençaient, encouragés par les uns et les autres. La chute ne les effrayait pas, elle était la chance d’une nouvelle tentative et la rencontre avec le regard bienveillant d’un compagnon. « Excusez- moi, madame, est-ce que je peux entrer s’il vous plait ? » Lorsque la jeune fille se retourna, le petit garçon s’arrêta net : « Oh ! Mademoiselle Florence ! » Amusée, Florence rit et demanda le nom de ce petit d’homme si perspicace : « Joseph ! Dites, mademoiselle, vous voulez bien entrer avec moi ? Les copains n’en reviendront pas et … ça m’évitera une réprimande pour mon retard ! » Toute attendrie, la jeune femme acquiesça et fièrement, Joseph ouvrit la porte, la célèbre funambule à la main. Quelles exclamations ! : « Mademoiselle Florence ! Vous nous avez manquée ! » « On a eu peur en vous voyant tomber ! » « Vous êtes guérie ? » « Quand allez-vous revenir ? » Prise dans un tourbillon joyeux, l’équilibriste se laissa toucher par tant d’attention et d’amour. Ils lui demandèrent d’assister à la fin du cours, ce qu’elle fit, assise au bord du tapis.

En rejoignant Marie-Ange, son cœur battait à tout rompre. Ne posant aucune question, sa fidèle compagne prit la route du retour. Alors qu’elles allaient se quitter, Florence chuchota : « Pardon et … Merci ! » S’échappèrent alors de nombreuses larmes contenues depuis bien trop longtemps. Réfugiée dans les bras de son amie, elle accepta d’explorer ce vide où elle s’était écrasée. Elle osa se laisser aimer, se laisser sauver.

En voltigeant sur les cimes, elle vibrait d’amour et en rayonnait. En se laissant mener par un Amour plus grand qu’elle, elle éclairait et guidait ceux qui le souhaitait, elle en avait conscience. Mais dans cet élan de partage, elle avait oublié, que l’essentiel était d’aimer et d’être aimé. Vivant pleinement le premier, elle s’était inconsciemment laissé enfermer par ce nom d’étoile que tous lui attribuait. Toujours prête à donner, elle ne s’était jamais véritablement laissé aller à sa faiblesse. Est-ce un mal ? Est-ce un bien ? Là ne réside pas la question mais c’est ici que se trouve la réponse à sa peur du vide. Tomber n’était pas le danger, mais ne pas se relever l’était, et elle le savait. Dans ce vide qu’elle redoutait, elle craignait plus sa propre misère. En tombant de son fil, sa confiance avait été ébranlée et au plus profond de sa détresse, elle avait découvert que l’amour demeurait et qu’il se réveillait, si l’on acceptait de vivre sa faiblesse pour ouvrir les yeux et recevoir la douce bénédiction d’un geste d’amour. La douleur n’est pas souhaitable, mais elle est à vivre pour éclairer toutes ces petites parties d’ombres que révèle la lumière.

Et c’est ainsi, que Florence reprit sa marche de funambule. Un pas après l’autre, les mains ouvertes et abandonnées, le regard porté vers le Ciel et la conscience du vide plus forte mais pleine de confiance. L’équilibre est précaire, mais ce vertige est nécessaire pour avancer avec justesse.

***

Laisser raisonner, habiter son vide, vivre la chute pour découvrir l’Amour … Est-ce tout ? N’y a-t-il pas d’autres biens faits ? Sans nul doute, autant que d’existence. Nous possédons tous une part de vide en nous et tous, nous comblons des vides, chacun à notre manière. Narrer chacun d’entre eux me vaudrait une éternité et je n’ai pas la prétention de tous les connaitre. Le vide est après tout, un mystère à expérimenter. Être un creuset d’Amour, telle est peut-être la leçon du Vide. Un vide appelé à se renouveler et se remplir par Amour …

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